4/06/2018
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Sapeurs-pompiers : la cagoule ne protège pas des substances toxiques

Une étude que révèle la Gazette et réalisée par le Centre d’Essai et de Recherche de l’Entente méditerranéenne conclut à l’inefficacité des cagoules pour filtrer les fumées produites par les feux de forêts.

La campagne de lutte contre les feux de forêts 2018 est lancée ce vendredi 1er juin. 35 000 sapeurs-pompiers et sapeurs-sauveteurs seront mobilisés cet été pour combattre les flammes. Mais face à des feux de plus en plus virulents, les soldats du feu sont-ils suffisamment protégés lors de leurs interventions ?

C’est la question à laquelle le Centre d’Essai et de Recherche de l’Entente méditerranéenne (CEREN) s’est efforcé de répondre dans un rapport publié le 25 mai par la Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales (Cnracl). Et la réponse apportée par les auteurs ne souffre d’aucune ambiguïté.
«La cagoule portée par les personnels en intervention sur les feux de végétation ne permet pas de filtrer les particules fines ni les composés chimiques contenus dans les fumées » conclue Pascale Arvieu, l’auteure de cette étude. «C’était un secret de polichinelle, les cagoules ne sont pas un équipement de protection digne de ce nom, réagit Sébastien Bouvier, chargé de mission fédération CFDT Interco. Désormais nous en avons la preuve scientifique ».
Petit retour en arrière. Le 21 septembre 2017, la Cnracl rendait public un rapport sur la prévention des risques induits par les fumées sur la santé des sapeurs-pompiers.

Ce document élaboré par 22 experts à la demande insistante des syndicats, préconisait la mise en oeuvre de 43 mesures mais aussi l’évaluation de l’efficacité de filtration des  cagoules. « Quelques études font état de troubles respiratoires et neurologiques pouvant affecter les soldats du feu, pointaient ces experts. Une déperdition progressive de la fonction respiratoire a été observée au fil des saisons et il a été relevé des troubles du comportement pouvant créer des situations dangereuses lors de la transmission des
ordres ».

Des symptômes qui n’ont rien de surprenants, vue la composition des fumées de végétation. Les substances les plus préoccupantes actuellement identifiées sont entre autres : le monoxyde de carbone, le benzène, l’hydrogène sulfuré (H2S). Les analyses réalisées par le Cerem révèlent un taux de 4.2 mg/m3 de benzène par exemple, une substance classée cancérigène par le centre international de recherche contre le cancer (CIRC). Or, les seuils d’exposition réglementaires sur 8 heures de travail sont de 3.25 mg/m3, comme le rappelle le rapport. Les fumées contiennent aussi des particules et en particulier des particules ultra-fines, qui, une fois respirées, sont susceptibles de passer dans le sang à travers les alvéoles pulmonaires. Elles sont suspectées d’augmenter ainsi le risque de maladies cardio-vasculaires et de cancers.

Le ministère de l’Intérieur interpellé

« Cette étude du Cerem montre aussi que le risque est immédiat, souligne Sébastien Bouvier. Tous les sapeurs-pompiers qui ont laissé leur vie en luttant contre les feux de forêt, sont morts intoxiqués par les fumées. En attendant de trouver un moyen de protection efficace, il faudrait que la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) généralise l’usage de détecteur de monoxyde de carbone (CO) sur le terrain pour prévenir les pompiers du danger ». Ce gaz est inodore et difficile à déceler. Les sapeurs-pompiers subissent des intoxications au CO à la fois chroniques et aiguës, lorsqu’ils interviennent sur les feux de forêts. « À un taux dans le sang supérieur à 15%, l’intoxication se traduit par des nausées, des vomissements, des vertiges avec incapacité à se déplacer, voire un évanouissement ou un coma, rappelle le Cerem. La mort survient pour des taux voisins de 66% ».

Cette étude du CEREM ne restera pas sans suite.

La Cnracl s’est engagée à diligenter une étude médicale concernant les effets sur la santé des sapeurs-pompiers des fumées des feux de forêts et à entamer une réflexion visant à mettre en place des propositions d’actions préventives.

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